LES GUES SUR L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS

La Petite Gazette du 7 janvier 2015

POUR TRAVERSER L’OURTHE SOUS LE REGIME HOLLANDAIS : LES GUÉS

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, est, vous le savez, un infatigable chercheur. Il aime à étudier les archives et à en extraire tout ce qui permet de mieux comprendre notre passé régional. Des archives des Ponts et Chaussées, il a extrait cet intéressant document faisant l’inventaire des gués sur l’Ourthe de Barvaux à Angleur. Il se demande cependant ce qui motiva la rédaction de ce document faisant manifestement réponse à une étude relative à un autre projet (Vous remarquerez que cet employé, au vu de la façon qu’il les écrit, ne connaissait sans doute pas très bien les lieux dont il parlait). Pourrez-vous éclairer M. Gabriel à propos de ce document ? En outre, ces anciens gués évoquent-ils pour vous des souvenirs particuliers ? Possédez-vous des informations les concernant ? Il serait vraiment intéressant de pouvoir se pencher sur les moyens de communication de jadis dans nos contrées…

« Renseignements  demandés  sur  la  position  et  l’importance  des  gués  se  trouvant  dans  les 2, 3 et  4 e lots.

1-. Gué du  Grand  Barvaux. Laisse  la  maison  de  M. Colin  à  droite, traverse  la  queue  de l’île, forme  une  ligne  oblique  au  courant  de  l’Ourthe, traverse  le  courant  du  moulin  en  aval, sert  à  la  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz passant  par  les  villages  de  Tohogne et  Wéris. Communication  qu’on  propose  de  conserver  au  moyen  de  pont  fixe  sur  les  ouvrages nr 30. Ce  serait  sur  l’écluse et  le  barrage  nr 30  qu’on  proposerait  un  pont  pour  voiture  destiné  à  conserver  cette  communication  importante.

2-. Gué 700 a (aune : ancienne  mesure  de  longueur  représentant  autrefois  1 m20, supprimée  en  1840.) aval  du  précédent  contre  une  batte  appartenant  à  M. Colin  au  lieu-dit Habinet, forme  une  ligne  brisée  et  oblique  au  courant. Communication  à  l’usage  des  habitants  de  Barvaux  pour  l’exploitation  des  prairies et  de  la  culture.

3-. Gué 400 aunes en aval  barrage  nr 29, forme  une  ligne  oblique  au  courant.  Communication  de  Barvaux  à  Bomal. Le  chemin  se  trouvera  coupé  par  la  dérivation  de  l’écluse nr 29. Cette  communication  étant  indispensable  surtout  pour  l’entrée  dans  Barvaux  des  produits  de  la  culture  situés  sur  la  rive  droite  de  l’Ourthe  entre  Bomal  et  l’écluse  nr 29. On  propose  la  maintenir  au  moyen  d’un  pont  sur  les  ouvrages  nr 29.

4-. Gué  situé  à  Bomal  100 aunes  en  aval  du  barrage  nr 28. Oblique  au  courant, sert  de  communication  du  Condroz  avec  Spa et  Malmedy  par  Tohogne  et  Wéris, les  chemins  y  arrivent  presque  en  ligne  directe. Communication  à  conserver  aussi  au  moyen  des ponts  sur  les  ouvrages nr 28.

5-. Gué  en  dessous  de  la  ferme  de  Petite  Bomal, amont  de  l’écluse  nr 27 servant  à  l’exploitation  des  terrains  de  cette  ferme  qui  se  trouvent  sur  la  rive  gauche. Ce  gué  est  sur  une  ligne  oblique  au  courant.

6-. Gué  en  dessous  du  ruisseau  de  Logne, 500 aunes  amont  de  l’écluse  nr 25, est  oblique  au  courant, le  chemin  pour  y  arriver  venant  de  Verlenne (sic)  fait  beaucoup  de  détours. Ce  qui  sert  de  communication de  ce  dernier  endroit  avec  Vieux Ville.

7-. Gué  400 aunes  aval  de  Sy et  400 aunes  en  amont  du  barrage  nr 24, forme  une  ligne  brisée  au  courant. Communication  de  Verlenne  à  Filot. Ce  chemin  est  vicinal  et  forme  des  détours  pour  arriver  au  gué.

8-. Gué  en  amont  et  près  l’écluse  nr 23, il  est  d’équerre  au  courant. Ce  chemin  servant  de  communication  de  Hamoir  Lassue  avec  Verlenne, Durbuy, Tohogne et  le  Condroz  fait  plusieurs  détours  à  cause  des  montagnes. Un  pont  pour  voitures  sur  les  ouvrages  nr 24  serait  peut-être  suffisant  pour  remplacer  le  gué  et  les  précédents.

9-. Gué  à  Hamoir  Lassue  en  face  du  château de  M. Doneat servant  à  l’exploitation de  la  ferme  de  ce  château, le  gué  est  oblique  au  courant.

10-. Gué  à  Hamoir en  aval  du  pont  et  1200 aunes  aval  de  l’écluse  nr 22  est  oblique  à  la  rivière. Le  chemin  passant par  ce  gué  sert  de  communication  des  Ardennes  avec  le  Condroz  passant  par  les  communes  de  Filot  et  Ouffet. L’ancien  pont  indique  suffisamment l’importance  de  cette  communication  qu’on  pourrait  rétablir  commodément  sur  les  ouvrages  nr 22 ou  mieux nr 21. Les  ponts  nouveaux , serviraient  aussi, malgré  l’allongement  du  chemin, à  l’exploitation  des  fermes  de  Tabreux et  de  Renne.

11-. Gué  vis  à  vis  de  la  ferme  de  Tabreux, 800 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 21, est  oblique  à  la  rivière,  sert  à  l’exploitation  des  prairies  de  la  ferme  de  Tabreux, se  dirige  vers  Ouffet  dont  on  amène  les  produits  sur  la  rive  gauche.

12-. Gué à  300  aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 20, 10  aunes  en  amont  de  l’île  près  Fairon, est  oblique  au  courant, sert  de  communication  de  Fairon  à  Hamoir et  Xinies (sic). Serait  remplacé  part  les  ponts  à  établir  sur  les  ouvrages  nr 21.

13-. Gué  à  Comblain la  Tour  près  du  passage  d’eau, est  oblique  à  la  rivière. Le  passage  est  facile  en  été, sert  de  communication  vicinale  de  Ouffet  à  Xhoris.

14-. Gué  à  Comblain  au  Pont. Communication  d’Antine (sic)  à  Oneux et  Beaufays. Ce  gué  est  oblique  à  la  rivière. Sur  les  ouvrages  nr 17  pourrait  être  rétablie  l’ancienne  communication  du  Condroz  avec  Spa  et  par  conséquent  celle  de  Comblain   avec  Oneux  et  villages  voisins, réclamé  par  les  habitants  des  deux  rives.

15-. Gué  de  Douflamme  passant  sur  les  deux  îles  de  l’embouchure  de  l’Aiwaille (sic) (l’Amblève)  et  de  là  va  traverser  l’Ourthe  en  amont  du  pont. Sert  de  communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  par  Comblain  au  Pont.

16-. Gué  à  la  Gombe, 900 aunes  en  aval  de l’écluse  nr 13, il  est  oblique  à  la  rivière. Communication  de  Beaufays  avec  le  Condroz  passant  par  le  village  du  Sart. Il  est  avantageusement  remplacé  par  les  ponts  à  exécuter  sur  l’écluse  nr 13  qui  servira  de  communication  d’Esneux  avec  Poulseur  et  le  Condroz.

17-. Gué  à  Esneux  en  face  du  village  en  amont  de  l’île, forme  une  ligne  oblique  à  la  rivière. Chemin  de  Beaufays  avec  le  Condroz, est  peu  commode  et  ne  sert  que  pour  les  riverains.

18-. Gué, 1200 aunes  en  aval  de  l’écluse  nr 10  à  côté  de  la  maison  de  M. Damery. Ce  gué  est  fort  difficile  et  forme  une  ligne  brisée. Communication  de  Hon (?)  à  Plainevaux. C’est  par  les  ouvrages  nr 11  et  préférablement  par  les  ouvrages  nr 10  qu’on  croit  qu’il  conviendrait  d’établir  les  communications  réclamées  par  les  habitants  d’Esneux  et  villages  voisins.

19-. Gué  en  amont  de  Fechereux, 200 aunes  en  amont  du  nr 9, forme  une  ligne  brisée  et  est  très  difficile. Communication  d’Esneux à  Fechereux, impossible  actuellement.

20-. Gué à  100 aunes  du  nr 8, est  oblique  à  la  rivière et  difficile, sert  à  la  communication  de  Hony  à  Esneux.

21-. Gué  à  500 aunes  du  nr 6, forme  une  oblique. Communication  vicinale et  Tilff  à  Angleur, ce  gué  est  peu  pratiqué.

Près  de  la  borne (68) Les  ponts  qu’on  devrait  proposer  sur  l’écluse  et  les  barrages  nr 6  à  Tilff  font  l’objet  d’une  proposition  spéciale  conformément  à  la  lettre  de  l’administration  du  15  août 1829 pour  assurer  les  communications  par  voiture  depuis  Barvaux  jusqu’à  Tilff. On  propose  la  construction  de  grands  ponts, compris  celui  sur  les  ouvrages  nr 136  à  Poulseur. Ces  ponts  pourraient  changer  de  numéro  selon  les  arrangements que  voudraient  ou  pourraient  prendre  les  communes  les  plus intéressées  et  les  plus  riches. Ces  arrangements  pourraient  consister  en  un  péage  qu’elle  percevraient  à  leur  profit. Lorsqu’elles  auraient  fait  le  tout  ou  au  moins  grande  partie  de  la  dépense  de  construction  première ou  d’une  rétribution  à  consentir  par  elles  sur  chaque  passant. Lorsque  l’administration  aurait  supporté  les  frais  d’établissement il  serait  prudent  de  stipuler  aussi  dans  les  deux  cas  à  laquelle  des  deux  parties  resterait  l’entretien des  communications.

Je  crois  que  plusieurs  communes  convenablement  avisées  entreraient  facilement  en  négociation  pour  l’exécution  d’ouvrages  qui  leur  procureraient  tant  d’avantages  pour  l’avenir.

Comblain au Pont  le  27  août 1829. »

 

La Petite Gazette du 21 janvier 2015

LES GUÉS SUR L’OURTHE

Le document présenté par Monsieur René Gabriel vous a fait réagir… C’est tant mieux et j’espère que vous n’en resterez pas là…

Monsieur Robert Gillon, de Tilff, a lu attentivement ce document et nous fait part de ses remarques :

« A propos des passages à gué, je crois reconnaitre le village de Hon que vous indiquez d’un point d’interrogation. Il s’agit probablement de Ham, village classé du site de la boucle de l’Ourthe, entre Esneux et Hony. La rivière décrit un oméga à cet endroit, sur la rive droite. En face, c’est la Roche aux Faucons, alors commune de Plainevaux. Je ne vois pas de gué à cet endroit… »

Monsieur Jean-Francois Gerardy, d’Houffalize, s’est également penché sur la question et rappelle :

«  A la fin de l’époque hollandaise, Guillaume d’Orange avait pour objectif de développer notre Ardenne qui était la région la plus pauvre de son royaume.  Pour ce faire, un projet d’envergure était envisagé : relier La Meuse et la Moselle.   Ce nouveau cours d’eau navigable devait développer l’économie dans notre verte province.

Pour ce faire, il comptait se servir du bassin de L’Ourthe.  Pour arriver à rendre l’Ourthe navigable, il était nécessaire de modifier fortement la géométrie du cours d’eau naturel.  Un nombre conséquent d’écluses étaient prévues.  Cela allait modifier les traversées du cours d’eau, donc les gués.  Des ponts allaient devoir être construits, il était donc nécessaire de les définir et le premier travail était de quantifier l’importance de chaque gué de l’Ourthe et sa transformation future, si nécessaire,  en pont.

La difficulté technique de ce projet consistait à relier les deux bassins hydrographiques, celui de La Meuse et celui de La Moselle.  La ligne de séparation de ces bassins se situe à proximité du village de Buret dans la commune d’Houffalize, à proximité de la frontière du Grand-Duché de Luxembourg.  A cet endroit, des vestiges de cet ouvrage d’art subsistent : le début d’un tracé d’un canal, le canal de Buret à Bernistap.  Il s’agit d’un canal d’une longueur d’environ 1 km en pleine campagne.  A une extrémité de ce canal, on peut encore apercevoir la voute d’un tunnel qui devait permettre aux bateaux de passer sous la ligne de séparation des bassins hydrographiques.  Dans le village de Buret, les ouvriers étaient logés au lieu dit – Les baraquements – tandis que les ingénieurs séjournaient à quelques kilomètres de là, au château de Tavigny.

La révolution belge a éclaté et le projet fut arrêté.  Après la révolution, l’essor du chemin de fer sonna le glas de ce projet qui fut abandonné. »

 

La Petite Gazette du 28 janvier 2015

ENCORE LES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur René Gabriel, de Roanne, qui m’avait donné l’occasion de vous présenter cet étonnant recensement des gués sur l’Ourthe en 1829, nous apporte une précision :

« Je  retrouve  d’autres  notes: Ponts  et  Chaussées farde  4450. Réclamation  de  la  commune  de  Comblain-au-Pont.

Liège  le  4  août 1865. Comblain  au  Pont  réclame  suite  à  la  suppression  de  trois  gués  par  suite  du  canal  de  l’Ourthe et  du  chemin  de  fer  en  voie  d’exécution  dans  cette  vallée.

Le  premier  en  aval  du  passage  d’eau  de  Liotte  sur  l’Emblève, les  2  et  3  situés  sur  l’Ourthe  respectivement  en  amont  du  pont  de  Scay (aval de  Comblain  au  pont) et  à  Lawé  en  dessus  de  ce  village. Le  gué  de  Liotte  a  été  supprimé  en  1859  par  la  construction  du  barrage  de  Douxflamme  qui  a  surélevé  le  niveau  de  l’Amblève  de  0,80 m  en  ce  point.

Il  serait  préférable  d’adjoindre  au  passage  d’eau  de  Douxflamme  un  bac  pour  voitures. La  fourniture  de ce  bac  incombe  à  la  Compagnie du  Luxembourg  chargée  de  pourvoir  au  rétablissement  des  communications  supprimées  par  ses  travaux.

Le  gué  au  pont  de  Scay  devient  inutile  suite  à  la  construction  prochaine  de  la  route  d’Aywaille  à  Douxflamme.

Pour  le  gué  de  Lawé  la  Compagnie  du  Luxembourg  est  tenue  à l’entretenir  suite  aux  termes  du  cahier  des  charges  relatif  à  la  concession  du  chemin  de  fer. »

 

La Petite Gazette du 4 février 2015

LES GUÉS DE HAM ENTRE HONY ET ESNEUX

C’est un réel plaisir pour moi de constater comme vous suivez attentivement les sujets traités dans cette page et comment vous manifestez votre intérêt au travers de vos communications.

Ainsi, Madame Nicole Dodeur complète les informations publiées jusqu’à ce jour à propos de l’existence ancienne de ces gués sur l’Ourthe :

« Il y avait deux gués menant à Ham dans la boucle de l’Ourthe. On ne les distingue plus maintenant. Ils sont en pointillés sur la carte faite lors du recensement des chemins pour la confection du livret « Grand Site de la Boucle de l’Ourthe » (2011 ?)

1) gué d’amont situé + ou – 1 km après la Roche aux faucons. Dans le prolongement, plus en amont le long du chemin de halage, il y avait le chemin du gué d’amont CV51 arrivant au bout du village de Ham.

Celui-ci se prolongeait sur la rive gauche par le chemin menant à Avister : actuellement rue du gué d’amont puis chéra de Fêchereux très encaissé.

2) gué d’aval situé en face du hameau de Fêchereux. Dans le prolongement, en aval, il y avait le chemin de halage puis le chemin du gué d’aval CV51 commençant à Lhonneux et arrivant aussi au bout du village de Ham. »

Merci pour ces précisions qui permettent de bien visualiser les lieux.

 

La Petite Gazette du 18 février 2015

TOUJOURS A PROPOS DES GUÉS SUR L’OURTHE

C’est au tour de Monsieur Jean Ninane, d’Esneux, de partager ses connaissances sur ce sujet qui, manifestement, vous passionne :

« Oui, il y eut des gués, très anciens, à proximité de Ham.

Autrefois, Il n’y avait aucun pont, ni à Esneux, ni à Hony, ni à Méry. Aucune canalisation de l’Ourthe n’existait. Aucune route n’unissait Esneux à Liège par la vallée. Seules les betchètes
permettaient un voyage direct.

Les charrettes et autres véhicules attelés devaient gagner les hauteurs pour rejoindre
un accès à Liège. C’est ainsi que ces attelages se rendaient à Ham (rive droite de l’Ourthe) pour rejoindre par des chemins encore plus ou moins accessibles le hameau de Féchereux situé sur la rive gauche.

On devrait plutôt parler des gués de Féchereux. Là nous avions un double gué. Un chemin menait de Ham au gué d’Amont et un autre au gué d’Aval. De Féchereux deux chemins encore accessibles menaient à Nomont, Famelette… C’est attesté car, à Féchereux, existe encore la « rue Gué d’Amont ».

Ces gués sont-ils encore utilisables, décelables ? On a construit en aval pour favoriser l’accès au canal de l’Ourthe, un barrage imposant à Lhonneux. La hauteur d’eau a augmenté au-dessus des gués.  M. André Nelissen(+) (déjà cité dans la découverte des tombes de Crèvecoeur) a publié un article « les gués de Fechereux » dans le bulletin du Vieux Liège n° 144 (T IV) de janvier mars 1964. »

Le sujet intéresse également Madame Céline Bayer, d’Esneux :

Il y avait également un gué à Hony, il se trouvait un peu plus bas que le pont, à la hauteur du « Chemin des Cloutiers » et de l’autre côté « du Trou Lina« .  Ces deux chemins existent toujours.

D’ailleurs, au début du siècle dernier, le pont était là, mais le fermier qui avait son champ le long de l’eau passait par le gué quand l’eau était basse, et jusqu’au dragage de l’Ourthe il y a une 50 d’année on pouvait encore y passer

Voici  ce que les anciens m’ont raconté et que j’ai connu pour le passage à pied quand l’été était très sec. »

 

La Petite Gazette du 4 mars 2015

TOUJOURS CES GUÉS SUR L’OURTHE

Monsieur Maurice Demoulin s’est lui aussi investi dans cette recherche et il a patiemment étudié la magnifique carte des Pays-Bas Autrichiens établie par le comte de Ferraris  entre 1770 à 1778.

« Si nous parlions encore un peu des gués sur l’Ourthe.

Sur une carte de 1777, j’ai retrouvé des informations qui concernent ces passages d’eau de l’Ourthe (Ourt) sur la carte.

On peut y voir un gué entre Esneux et Amostrenne, vers le château d’Esneux (différent du château du Rond Chêne).

La carte ne représente pas de gué du côté de Ham (Han sur la carte), mais un chemin aboutit sur la berge de l’Ourthe face à Beauregard (ferme de Lonneux)

Sur la rive droite de l’Ourthe, dans la boucle, plusieurs chemins mènent à Ham : comme Monsieur Ninane le précise dans l’article paru dans La Petite Gazette du 20 février, il doit y avoir eu un ou des gués en cet endroit pour passer sur la rive gauche en direction de Plainevaux.

Un chemin venant de Hayen, Hotgné (Hoteigné sur la carte) et le château d’Avionpuits arrive au village de Méry, rive droite, face au château de Monceau. Il serait surprenant qu’un passage n’ait pas existé à cet endroit, surtout que l’île (un peu en amont du pont actuel) devait faciliter la traversée. N’oublions pas, non plus, que les armées de la toute jeune République française ont traversé l’Ourthe à cet endroit lors de la bataille de Hamay.

A Hony, rive gauche, deux chemins arrivent sur la berge sans autre issue : peut être aussi un passage à cet endroit.

La carte représente également des gués du côté de Poulseur et Comblain.

Je suis persuadé qu’il existait un gué à Chanxhe à l’endroit de la «maison du passeur » où j’ai habité début de la guerre 40/45. Ce passage correspond à un chemin reliant Chanxhe à MontComblain et que j’ai souvent emprunté. Ajoutons que le canal de l’Ourthe avait prévu une jonction vers cet endroit et que la SNCB y avait aménagé un passage à niveau, d’où…

C’est aussi à cet endroit que l’armée allemande avait construit un pont après que l’ancien a sauté.

Pour les amateurs, la carte ancienne de la Belgique se trouve sur le site « http://www.ngi.be/ferraris KBR/index».

BERGERS ET BERGERES DE NOS CONTREES

Petite remarque préliminaire : Les illustrations de ce chapitre sont loin d’être d’une qualité irréprochable, c’est parce qu’elle date d’une époque où mes chroniques étaient transmises au journal sans le support technique du numérique. La plupart des illustrations que me fournissaient les correspondants de la Petite Gazette étaient alors de simples photocopies. Il me semblait utile de le rappeler.

La Petite Gazette du 26 juillet 2000

A LA RENCONTRE DU BERGER DE PETIT-BOMAL

Madame Christine Gillet, de Jemelle, ne reçoit pas Les Annonces, car elle habite en dehors du triple secteur de distribution ; cela ne l’empêche cependant pas d’en être une lectrice assidue et attentive grâce à une de ses amies de Chéoux, qui lui envoie régulièrement ses journaux. Mme Gillet est née, en 1922, à Bomal, elle a quitté le village dix ans plus tard, mais en emportant avec de merveilleux souvenirs d’enfance. Elle se souvient notamment d’un personnage qui, il y a quelques années, tint la vedette de La petite Gazette : le berger de Petit-Bomal.

« Nous allions, de temps en temps, nous promener à la ferme ; il y avait une dame qui s’appelait Rachelle. Ce que nous adorions voir par dessus tout, c’étaient les moutons, quand ils rentraient de Saint-Rahy. Nous attendions pour les regarder rentrer. Le berger dormait alors dans la bergerie ; j’ai encore son image devant les yeux. Il est là devant moi avec sa houppelande… »

J’imagine que ma correspondante n’est pas la seule, parmi les lecteurs et les lectrices de La Petite Gazette, a avoir conservé des souvenirs, peut-être même aussi des photos, des derniers bergers de nos régions. Comme nous l’avons fait avec d’autres professions disparues ou menacées, j’aimerais beaucoup que cette rubrique s’ouvre aux souvenirs relatifs aux bergers de nos régions, aux craintes que leurs connaissances faisaient naître, à leur vie, aux horaires auxquels ils étaient soumis…J’espère surtout en recevoir des photographies, que ce soient celles de ces vieux bergers du début du siècle ou celles de ces nombreux enfants qui, il n’y a pas si longtemps, ont surveillé ou gardé les petits troupeaux des grandes fermes de chez nous. Qui sera le premier a faire revivre cette profession si importante hier encore.

La Petite Gazette du 13 septembre 2000

LES BERGERS DE NOS BELLES CONTREES

Les hasards du contenu de vos correspondances m’ont mis sur la piste des bergers et des bergères qui, jadis, faisaient paître petits et grands troupeaux le long de nos chemins, dans les bois ou sur les terrains communaux. Comme vous êtes réellement formidables, il m’a suffit d’en parler une seule fois pour recevoir vos premiers commentaires et, surtout, vos premiers documents.

Ainsi, j’ai l’immense plaisir de vous proposer une première photographie illustrant cette nouvelle rubrique ; elle provient des collections de Monsieur Freddy Lemaire, d’Aywaille.

001

« Ce berger a été photographié, pour les éditions LUMA, d’Aywaille, avant 1940, dans la région de Harre-Burnontige. »  Mais nous ne savons rien de l’identité de ce berger qui fait paître son maigre troupeau ; était-il vraiment berger ou l’a-t-il été le temps de prendre cette photo dont la légende nous dit qu’il s’agit de Bellem ? Grâce à vous, nous en saurons certainement davantage très bientôt. Dans nos prochaines éditions, nous retrouverons d’autres bergers et bergères de nos contrées, mais je vous engage à m’envoyer photos, documents et souvenirs que vous avez conservés de ces étonnants personnages d’hier.

La Petite Gazette du 20 septembre 2000

LES BERGERES ET LES BERGERS DE NOS REGIONS

Il n’y a pas que l’illustre Bellem qui garda les moutons de nos vallées et de nos plateaux…

Monsieur Louis Vieuxtemps, collaborateur régulier du journal Les Annonces, m’a confié cette jolie photographie d’une bergère, encore active avant la dernière guerre mondiale, Léocadie Hanozet

002

Mon correspondant apporte quelques renseignements intéressants sur ce personnage : « La famille Hanozet s’installe sur la ferme de Petit-Bomal en mai 1909 et y restera jusqu’en 1946. 14 enfants sont nés dans cette famille dont Jean-Baptiste Hanozet, (11 mars 1873 – 11 janvier 1963), l’aîné des quatre garçons qui sera le dernier berger de Saint-Rahy, pâturages dominant la ferme en direction d’Izier.

Léocadie Hanozet, (21 juillet 1867- décédée fin 1944) était une des dix filles de la famille. A l’occasion, elle relayait Jean-Baptiste, mais tout porte à croire qu’elle fut bergère avant lui et, de ce fait, fut l’avant-dernière bergère de Saint-Rahy. »

Vous aussi, certainement, vous avez des souvenirs de ces bergers d’hier, du mystère qui entourait leurs connaissances, de leurs pouvoirs supposés… Nous en parlerez-vous ? J’attends avec beaucoup d’impatience tout ce que vous pourrez nous dire à ce propos.

La Petite Gazette du 27 septembre 2000

LES BERGERES ET LES BERGERS DE NOS REGIONS

C’est encore à Monsieur Louis Vieuxtemps que nous devons ces deux très jolies photographies du dernier berger de Saint-Rahy, pâturages relevant de l’ancienne seigneurie de Petit-Bomal, à quelques centaines de mètres d’où se construit votre hebdomadaire préféré ! On y voit Jean-Baptiste Hanozet, le frère de Léocadie dont vous avez fait la connaissance la semaine dernière.

003« Sur ce cliché, nous dit M. Vieuxtemps, Jean-Baptiste Hanozet est âgé de près de 70 ans (nous sommes en 1942), on le voit quittant la magnifique ferme de Petit-Bomal pour se rendre vers le mont Saint-Rahy, comme il le fit durant 37 ans.

 

004

Cette autre photographie date de la même époque, elle aurait été prise quelques semaines après la précédente, nous précise notre correspondant. Il semble bien que c’est alors le printemps, les fleurs éclairent les pâturages de leurs jolies couleurs et le berger est là, pensif mais attentif, son chien à ses pieds et sa canne à la main. »

Si vous avez connu ce berger ou si vous en avez connu d’autres, ce serait particulièrement intéressant que vous nous confiez vos souvenirs, vos anecdotes, vos documents pour faire revivre cette vieille profession de nos régions.

La Petite Gazette du 18 octobre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Grâce à la précieuse collaboration de plusieurs collectionneurs de vues anciennes de nos contrées, j’ai eu l’immense plaisir de vous présenter plusieurs clichés de bergers ou de bergères de nos régions ; et les photographies parues ont suscité, à leur tour, d’intéressantes réactions.

Aujourd’hui, c’est Monsieur Freddy Rixhon, de Ferrières, qui nous apporte de précieux renseignements relatifs au berger présent sur la carte postale que nous avait confiée M. Freddy Lemaire, d’Aywaille. (Voir l’article du 13 septembre 2000)

« Le berger présent sur cette photographie n’est autre que Monsieur François Mahieu, de Burnontige, mieux connu encore sous le nom de « François d’al Creû » explique mon correspondant. Voici ce que dit de lui Maurice Capitaine dans Temps et cendres de mes jeunes années, le numéro 11 de la très belle collection « Au rythme de Ferrières »

 « François Mahieu, habitant le lieu-dit Al Creû, sur le chemin de Saint-Antoine. Une grave maladie, le typhus, contractée dans son jeune âge, avait laissé quelques séquelles dans son comportement. Oh rien de bien grave ! C’est ainsi qu’il avait vingt, parfois trente, chèvres auxquelles il s’adressait sur un ton doctrinal châtié. Les chèvres qui ne comprenaient évidemment rien à cet éloquent laïus avaient pris l’habitude de s’assembler autour de lui, paraissant  prêter une oreille attentive à ses propos. Les enfants qui passaient par-là pour se rendre au catéchisme en avaient fait un sujet de curiosité. Ils s’arrêtaient pour voir et entendre notre ami pérorer, parfois pour s’en moquer, mais fort rarement, car François était un homme doux, gentil, malin qui n’aurait pas fait de tort à une mouche. »

Monsieur Rixhon, en collectionneur averti qu’il est, me signale qu’il existe au moins quatre autres cartes postales, d’autant d’éditeurs différents, immortalisant ce berger ! Je le remercie chaleureusement pour toutes ses informations.

Une personne de Werbomont, qui a très bien connu Jean-Baptiste Hanozet, le dernier berger de Petit-Bomal, a eu l’extrême gentillesse de nous contacter pour nous narrer quelques souvenirs :

« Je veux bien croire que j’ai bien connu ce berger, me dit-elle, car c’est mon mari, malheureusement décédé aujourd’hui, qui, au moment de l’Offensive, lui a racheté son troupeau. La famille Hanozet se préparait à quitter la ferme de Petit-Bomal et Jean-Baptiste proposa à mon époux de reprendre le troupeau. Mon mari a toujours élevé des moutons, il le faisait pour la viande, pour l’élevage… Il fut d’ailleurs le premier à avoir fait venir des moutons d’Angleterre ! Mon époux et le berger se connaissaient évidemment et, pendant les années de guerre, ils s’étaient notamment aidés pour répondre aux réquisitions allemandes. Quand mon mari a accepté la proposition du berger de reprendre ses bêtes, s’est posée la question du transport de celles-ci. Comment les moutons allaient-ils aller de Petit-Bomal à Bois Saint-Jean ? En marchant, tout simplement ! Jean-Baptiste Hanozet souhaita que ce soit mon mari qui l’accompagne pour cette longue promenade et c’est ce qui se fit. Quand les bêtes furent arrivées sur place, j’ai vu le vieux berger pleurer de joie ; il se disait très heureux de constater que ses moutons seraient mieux encore.

Au sujet du berger de Petit-Bomal, je me rappelle une anecdote qu’il racontait. Souvent, nous disait-il, il lui arrivait de se disputer avec son frère, mais toujours pour la même raison : la nuit, Jean-Baptiste se relevait pour aller chiper le bon foin que son frère gardait pour ses chevaux ! »

Un immense merci à cette lectrice qui nous a réservé ces quelques souvenirs de première main.

La Petite Gazette du 31 octobre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

C’est toujours avec beaucoup d’impatience que j’attends que vous me confiez vos souvenirs des rencontres que vous avez sans doute faites avec ces étonnants personnes de nos régions. En effet, les bergers et les bergères ont toujours bénéficié d’une aura de mystère auprès de toutes les personnes qui ne possédaient pas leurs connaissances des choses de la nature. En espérant que vous aurez la gentillesse de nous parler de ces personnages extraordinaires, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter deux nouvelles cartes postales anciennes ayant pour sujet principal le berger de Burnontige, François Mahieu.

Monsieur F. Rixhon, de Ferrières, qui avait reconnu ce berger sur une photo prêtée par Monsieur Lemaire, d’Aywaille, m’a remis quatre cartes postales différentes présentant ce berger ; vous en découvrirez deux aujourd’hui.

005

 Carte postale des éditions Goblet, Source de Harre à Burnontige portant en légende « Harre : un berger ardennais dans les environs de la Source de Harre » avec, en plus, la mention « Touristes, visitez la Source de Harre »

 006

 carte postale des éditions Léon Vanderhoven, à Liège, portant en légende : « Burnontige – Le chèvrier. Un coin pittoresque de nos environs » Avec, en plus, la mention : « Pension de Famille Gaiemet-Mignolet Burnontige – Werbomont. Téléphone : 70 Werbomont »

 

La Petite Gazette du 8 novembre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES, DES PERSONNAGES ETONNANTS …

Toujours avec le seul désir de vous voir me communiquer les souvenirs que vous avez conservés de vos rencontres avec ces personnages étonnants qu’étaient les bergers et les bergères de nos contrées, j’ai l’immense plaisir de vous faire découvrir les deux dernières cartes postales représentant le berger de Burnontige que m’a, si gentiment, prêtées Monsieur Rixhon, de Ferrières.

007

 Carte postale éditée par Photo Gonay, Moulin Harre

008

Editeur Hôtel Colin

Mon correspondant a indiqué que cette vue daterait de 1935

Si vous possédez, vous aussi, des photos de bergers ou de bergères de nos villages ; pensez que nombreux sont les lecteurs et les lectrices qui prendraient plaisir à les découvrir. Vos souvenirs sont, bien entendu, les bienvenus. Merci d’avance.

La Petite Gazette du 15 novembre 2000

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Monsieur J. Paquay, de Nadrin, nous a déjà fait le plaisir de partager avec nous les jolies photographie de sa collection ; aujourd’hui, il nous propose cette jolie carte postale du château Saint-Jean, aux environs de la Baraque Fraiture, plus précisément à Samrée.

009

« Cette carte postale a été postée le 22 juin 1913, me précise M. Paquay. Cette photographie nous fait découvrir un berger bien habillé, gardant son troupeau près de la façade arrière de l’imposant château de « Bois Saint-Jean ». Il est aidé dans sa tâche par un garçon et deux chiens.

Le recto de la carte atteste du reçu par un certain Victor Vincent, à Bihain, de la somme de deux cent treize francs et cinquante centimes, à l’adresse de François Chabat, négociant en laines à Comblain-la-Tour.  Qui était le dénommé Victor Vincent ? Etait-il le propriétaire des moutons ou le régisseur du château ?

En ce qui concerne le château construit au XIXème siècle par le Comte de Limburg Stirum, il avait alors, avec son impression donjon et sa tour ronde, des allures de petite forteresse. Ayant été réquisitionné par les Allemands pour y établir le quartier-général de Von Manteuffel à la fin de la guerre, il fut bombardé et incendié par les Alliés, fin 1944. Reconstruit après la guerre, il a perdu les allures médiévales de son caractère d’antan. »

Merci pour toutes ces informations ; j’espère que l’un ou l’autre lecteur pourra répondre à votre question relative à Monsieur Victor Vincent.  Votre question j’ajoute la mienne, qui nous parlera de ce négociant en laines de Comblain-la-Tour ? J’imagine que parmi les lecteurs de l’excellente revue « Les Echos de Comblain », il s’en trouvera un qui possède des renseignements à propos de ce négociant ; peut-être nous fera-t-il le plaisir de les partager avec nous ?

Monsieur Freddy Rixhon, grâce à qui nous avons pu faire la connaissance du berger de Burnontige,  m’a écrit à nouveau pour me demander de rectifier le nom de ce berger : « depuis toujours, j’ai entendu les gens du cru parler de F. Mathieu, pour désigner ce berger ardennais ; le livre de M. Capitaine, qui est une référence pour moi, m’a conduit à corriger le Mathieu en Mahieu :  ce fut une erreur. Ce Mathieu, source confirmée par une nonagénaire, en pleine forme, de Burnontige, a eu une fille mariée à un Mahieu, d’où probablement la confusion. »

Merci à M. Rixhon pour son souci du détail et de la précision.

La Petite Gazette du 20 décembre 2000

BERGERS ET BERGERES DE NOS REGIONS

La photo parue, il y a un mois, dans La Petite Gazette et nous présentant le berger du château de Bois St-Jean, a fait réagir un lecteur heureux cette photo et tout aussi heureux de partager ses souvenirs avec nous

« Le berger Victor Vincent, que l’on voit sur cette photo, était le cousin germain de mon père, Camille Vincent. Il exploitait, en tant que locataire et avec ses parents, ses frères et ses sœurs, la ferme du Bois St-Jean, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Son père, Lambert Vincent, était le frère jumeau de mon grand-père paternel ; il est décédé au Bois St-Jean et repose au cimetière de Bérismenil. Mon père parlait assez souvent de ses cousins et cousines du Bois St-Jean et, particulièrement, de Victor qui s’occupait d’un grand troupeau de moutons, dont ils étaient les propriétaires. »

Merci M. Vincent d’avoir, pour La Petite Gazette, ressuscité les souvenirs de votre papa.

La Petite Gazette du 10 janvier 2001

LES BERGERS ET LES BERGERES DE NOS REGIONS

Après la parution de la jolie photographie et des informations relatives au berger du domaine de Bois Saint-Jean, M. J. Paquay, de Nadrin, a glané de nouvelles informations qu’il a tenu à partager avec nous.

Madame J. Renard-Cornet, de Hives, dont le papa était garde-chasse à Saint-Jean, a bien connu Victor Vincent. « Il était fermier au domaine de Bois Saint-Jean ; je me souviens bien qu’il faisait aussi, à la demande, le tour des fermes des villages voisins pour châtrer les jeunes taureaux et en faire des bœufs destinés à l’engraissement. »

010 Carte-vue montrant la façade avant du château, avant 1903 (carte-vue extraite des collections de M. J. Paquay)

 

 

 

Madame P. Petit-Rappe lui a également confirmé que Victor Vincent était bien le fermier de Saint-Jean : « je l’ai d’autant bien connu qu’il était un frère de ma maman ; il était aussi marchand de bestiaux. A cette époque, le troupeau de moutons se composait d’un millier de têtes appartenant au fermier. Ceci explique le reçu attestant une transaction personnelle de V. Vincent, pour une fourniture de laine à M. Chabat. La production herbeuse sur ce plateau froid, sur des terres acides, dans un îlot agricole souvent noyé dans le brouillard et entouré de grandes forêts, était très aléatoire. De plus, les moutons devaient chaque jour partager leur herbage avec le gibier : cervidés et surtout sangliers laboureurs. La concurrence était très vive. C’est d’ailleurs cette raison qui motiva V . Vincent à quitter le domaine dans les années 20 – 25 pour émigrer à Ortho, puis à aller finir ses jours à Bastogne. Il fut remplacé à Saint-Jean par la famille Désert, qui continua l’exploitation ovine jusque dans les années 70. Le troupeau de moutons d’Alphonse Désert se composait lui aussi d’un millier de têtes. »

Monsieur Louis de Fisenne, de Fisenne, a également réagi suite à la parution de la photo du berger de Bois Saint-Jean : « Dans mon jeune âge, j’allais passer une partie de mes vacances au château de Bois Saint-Jean. J’y ai dès lors connu, bien qu’il soit déjà très âgé, l’ancien propriétaire, le Comte de Limburg, qui n’avait pas d’enfant. Je connaissais bien son fils adoptif, Charles, avec qui j’entretenais d’excellentes relations. Je possède la même carte postale que celle publiée dans La Petite Gazette et je puis vous affirmer que le berger avec ses moutons est bien le propriétaire du troupeau et non le régisseur du château. Le gamin qui l’accompagne est son neveu, Léon Dumont, mon cousin. En effet, la maman de Léon et la mienne étaient les sœurs de Victor, qui, avec  sa maman, et d’autres sœurs et  frères, occupait les bâtiments de la ferme. Je suis né en 1911 et je me souviens  très bien que nous allions, à Pâques, récolter les œufs que les cloches avaient déposés dans le parc du château. C’était encore la bonne époque. Je suis déjà retourné souvent à Bois Saint-Jean pour revivre un peu de ma jeunesse. »

011Photo de la cour de la ferme de Bois Saint-Jean dans les années 1920. A l’arrière-plan : le château (document extrait des collections de M. J. Paquay)

Monsieur Paquay a également conservé des souvenirs du début de sa carrière de garde forestier quand, plus d’une fois, il a retrouvé des animaux égarés, ou en fugue, dans les bois communaux de Samrée, dont j’ai la garde et qui jouxtent le domaine de Saint-Jean Les moutons quitteront définitivement Saint-Jean après la retraite de M. A. Désert. Après un intermède de bétail indigène, ils sont remplacés, depuis quelques années, par des animaux plus imposants, venant d’outre-Atlantique : des bisons canadiens. Nos cervidés et autres sangliers ardennais ne font plus le poids face à ces mastodontes américains : la concurrence est devenue déloyale, ils doivent désormais s’alimenter en forêt uniquement. »

Un immense merci

La Petite Gazette du 27 novembre 2013

LES MOUTONS ET LES BERGERS DE LA COMMUNE DE FERRIERES

Monsieur René Gabriel, de Roanne-Coo, a entrepris une intéressante recherche sur les troupeaux et les bergers de Ferrières au début du XIXe siècle. Il nous en livre le résultat :

« Nous  avons  remarqué  que  le  relevé géographique  de  Philippe Vandermaelen établi  en  1831 précisait  que  la  commune  de  Ferrières  comptait autrefois  8  troupeaux  de  moutons. Les  relevés  de  population  de  la  commune  ont  commencé  à  être  tenus  à  partir  de  1846. Nous  devrions  donc  y  retrouver  la  trace  de  plusieurs  de  ces  bergers. Le  résultat  de  cette  recherche  donne :

Stiennon Gilles, 67  ans, né  à  Esneux,  il  habite  Lognoul.

Dubois  Lambert, 32  ans, né à Hamoir.

Dengis  Julien, né  à  Villers  Ste-Gertrude  le  15  mars  1830.

Maréchal Gilles, né  à  Louveigné  le  13 mars 1802.

Maon Gérard, né 15  janvier 1792, il  habite  le  Thier  de  Ferrières.

Bodson Gilles, né  à  Bra, 23 ans, il  habite  St-Roch.

Abraham Servais, 47 ans, né  à  My, il  habite  Rouge Minière.

Gosset  Théodore Joseph, berger  né  à  Heid  le  9 octobre  1825.

Le  relevé  suivant, celui  de  1866, en  cite  encore :

Maréchal Gilles  Joseph, né  à  Louveigné  le  13  mars 1802, il  meurt  le  27  avril 1868. Berger  à  Thiers, maison nr 4.

Maon Gérard, né  à  Ferrières  le  15 janvier 1792, il  meurt  le  6  juin 1869, il  habitait  à  Thiers.

Dangis  Julien, né  à  Ferrières  le  3  septembre 1808, berger  à  Burnontige.

Ajoutons  qu’un  dénombrement  établi  en  1822  dans  la  commune  mentionnait :

165 vaches  et  395 moutons  à  Burnontige, 44 chefs  de  famille.

143 vaches  et   32 moutons  à  Houpet  et  Malacord, 47 cf.

109 vaches et  227 moutons  à  Ferrières  et  Lognoul, 43 cf.

69 vaches  et  62 moutons  à  Rouge Minière, 29 cf.

Soit un total : 486 vaches  et  716  moutons  pour  163 chefs  de  famille. »