MANHAY

Vlan-Les Annonces du 27 mai 2015

MANHAY

manhay 7

Durant tout l’ancien régime, le territoire de l’actuelle commune de Manhay illustre parfaitement la réalité souvent évoquée du morcellement des terres entre de nombreuses juridictions. Jugez plutôt : Grandmenil et Vaux-Chavanne appartiennent à la Terre de Durbuy et forment une de ses quatre cours, Dochamps relève du Comté de Montaigu, Odeigne appartient à l’Abbaye de Stavelot et Harre à celle du Val-Saint-Lambert alors que la Prévôté de Bastogne englobe Odeigne. Bien sûr, une grande partie de ces territoires était des terres du Duché de Luxembourg, suzerain de la Terre de Durbuy, du Comté et de la Prévôté évoquées, mais ces possessions côtoient celles de la très étendue Principauté de Stavelot-Malmédy.

manhay 8(1)

La fin de l’ancien régime ne réunira pas encore les différents villages et hameaux qui, aujourd’hui, forment cette commune. En effet, si, quand nous devenons français, la plupart de ces lieux de vie sont rattachés au Département de Sambre et Meuse mais Harre, quant à lui, dépendra du Département de l’Ourte (il n’y avait effectivment pas de « h » à l’époque !). Il faudra attendre 1839 pour que tous ces territoires soient enfin réunis dans la Province de Luxembourg.

Dochamps peut se targuer d’un passé plus que millénaire puisqu’une charte datée de novembre 1011, bien connue aujourd’hui depuis les célébrations de cet extraordinaire anniversaire, voyait le prince-évêque de Liège, Baldéric II donner l’église de Dochamps, ses revenus et biens, à l’autel de Sainte-Croix à Liège. Le document indique, en outre, ce qui motive cette décision du chef de l’Eglise liégeoise et, vous en conviendrez, il est interpellant : « pensant à la crainte du Seigneur et à la récompense éternelle (…) pour le soulagement de mon âme ».

manhay 2Cet important document met particulièrement à mal une tradition tenace qui, basée sur un document découvert à la fabrique d’église de Samrée donnait une origine bien différente à Dochamps. Les habitants d’un village existant entre Lamormenil et Dochamps auraient eu à subir deux terribles événements en moins d’un siècle ; d’abord un incendie qui, en 1419, aurait détruit une partie des habitations, puis, en 1512, la destruction complète des lieux par des troupes huguenotes. Les habitants se seraient alors réfugiés dans des constructions de fortune élevées en un lieu récemment essarté appelé « Champs ». L’un d’entre eux, se présentant au bailli de Montaigu, se serait dit « d’au Champs »… De façon plus réaliste cependant, ce toponyme d’origine celtique signifierait plutôt « champs entre deux collines »

L’église d’origine n’est évidemment plus celle que  Baldéric évoquait. Elle fut brûlée et détruite en 1642 et a été rebâtie grâce à deux enfants de Lamormenil, deux Pères jésuites, les frères Germais (dits Lamormainy) qui en firent une des plus belles églises de l’Ardenne.

Les bois constituent depuis toujours une des richesses des lieux et ils furent exploités sous diverses façons et notamment pour fournir les tanneries de Stavelot, de Malmédy, de La Roche et, plus localement, de Vaux-Chavanne en tan. C’est dans un moulin du village que l’on broyait les écorces des chênes, si nombreux dans la région.

manhay 4(1)

Jusqu’à l’indépendance de la Belgique, le haut plateau ardennais se trouva fort isolé car seulement desservi par quelques grands chemins peu praticables. La création de la Nationale 30 changea la donne et permit une circulation quelque peu plus confortable aux usagers des diligences et des malles-poste. Manhay devint d’ailleurs un grand relais sur leurs parcours menant tant vers Bomal que vers Erezée, Houffalize, Lierneux, Samrée ou Werbomont.

Manhay

Cette activité en créa évidemment d’autres : hôtels, restaurants, forge où s’activait un maréchal-ferrant ne manquant pas d’ouvrage. Peu avant la Grande Guerre, Manhay vit arriver la modernité avec le chemin de fer vicinal car, situé en haut du plateau et à mi-parcours entre Melreux et Comblain-la-tour, l’endroit fut naturellement choisi pour devenir une gare importante avec de nombreuses dépendances, ateliers et garages.

 

manhay 5

La longueur de cette ligne justifia que les travaux de construction débutèrent en même temps à ses deux extrémités. Si Manhay fut reliée à Melreux dès le 25 février 1911, il faudra encore attendre jusqu’au 15 septembre 1912 pour que soit terminé le tronçon au départ de Comblain-la-Tour. C’est peut-être dans la longueur des travaux, plus de quatre années, qu’il faut trouver une justification à l’abandon du projet qui, au départ de Manhay, devait permettre une jonction vers Lierneux.

Il ne fallait pas être pressé à l’époque car pour rejoindre Comblain à Manhay il fallait compter plus de 2h30, un quart d’heure de moins dans le sens inverse, celui de la descente. Le trafic de marchandises fut particulièrement florissant sur cette ligne qui permettait l’expédition de bois de mine vers la vallée et l’arrivée principalement de charbon et de matériaux de construction vers le haut plateau. Le trafic des voyageurs sera remplacé dès 1948 par une ligne de bus reliant Liège à Manhay alors que l’acheminement des marchandises survécut quelques années encore.

Les deux grandes guerres du vingtième siècle furent vécues difficilement à Manhay et dans les environs. Dès le 4 août 1914, les uhlans sont à Vaux-Chavanne. A Grandmenil, des habitants sont retenus en otage dans leur église durant la nuit du 18 au 19 août… sur tout le territoire du Manhay d’aujourd’hui on ne compte plus les incendies, les destructions, les exécutions, les prises d’otages, les rançons…

L’offensive allemande de l’hiver 1944-1945 sera plus terrible encore et son lot de destructions particulièrement traumatisant pour les habitants. En effet, sous le feu de l’artillerie américaine, presque toutes les constructions de Manhay furent détruites durant les violents combats pour la reprise du carrefour. De nombreux autres villages de la commune, Grandmenil, Dochamps, Lamormenil et Malempré, connurent également leur lot de destructions. Pour plus d’informations sur ce sujet, je vous renvoie vers l’ouvrage d’un spécialiste de la question M. Eddy Monfort et plus spécifiquement son remarquable ouvrage « la Bataille des carrefours – des combattants racontent ».

René HENRY

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s